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Mozart : de quoi est-il réellement mort ?


Mozart
Accréditée successivement par la pièce de Peter Schaffer et le film de Milos Forman, la thèse d’un empoisonnement commandité par Salieri, compositeur en titre de la Cour qui se serait senti menacé par le génie de Mozart, semble avoir convaincu le plus grand nombre. Mais la réalité est probablement tout autre...

En effet, à la lumière des correspondances attribuées à Léopold Mozart, son père, à Wolfgang lui-même et à son entourage direct, les médecins d’aujourd’hui ont pu retracer le « carnet de santé » de Mozart et porter un diagnostic scientifique plus précis sur son parcours médical et sur les conditions probables de son décès. Ainsi, dès l’âge de 6 ans, alors qu’il était encore à Schoenbrunn, Mozart présenta sur les tibias, les fesses et les coudes, des taches de la grosseur d’un « kreuzer », rouges, douloureuses, en relief, s’accompagnant de fièvre. On diagnostiqua alors une scarlatine. Les médecins pensent désormais qu’il s’agissait plus vraisemblablement d’une périartérite noueuse d’origine streptococcique.

Trois ans plus tard, à La Haye cette fois, Mozart sombra dans un coma fébrile pendant une semaine. Son père écrivait : « Wolfgang est méconnaissable, il n’a plus que la peau sur les os ». Le docteur Peter Davies – historiographe médical du compositeur- pense qu’il s’agissait d’une fièvre typhoïde. Mais un an plus tard, Mozart fut affecté par une deuxième crise de fièvre rhumatismale, ce qui n’aurait pas dû se produire. Son cœur ne paraissait pas gravement endommagé par ces fièvres qui avaient été jugés « bénignes »…

En 1767 alors qu’il était à Olmütz, Wolfgang contracta la variole : son père avait refusé de le faire vacciner alors qu’une épidémie sévissait dans la région. On administra donc à Mozart et à Nannerl sa sœur, elle aussi atteinte, un remède « familial » : de la poudre de margrave. Tous deux recouvriront la santé, non sans mal, au bout d’un mois…

En 1784, le compositeur fut à nouveau affecté par le streptocoque. Cette récidive secompliqua d’un syndrome de Schönlein-Henoch : une glomérulonéphrite chronique entraînant une insuffisance rénale, des œdèmes et une diminution du taux de protéines dans le sang, ainsi que des lésions cutanées.

En 1787, puis deux fois en 1790, Wolfgang présenta de nouvelles fièvres streptococciques. Mais son état de santé ne l’empêcha pas de travailler. Et lorsqu’il n’écrivait pas ses compositions sur papier à musique, il continuait à « composer » mentalement, sans répit. Ainsi, pour la seule année 1791, la dernière de sa courte vie, pas moins de 38 compositions sont répertoriées au catalogue Koechel, dont le Concerto pour piano n°27, le Concerto pour clarinette en La, deux opéras (La Clémence de Titus et La flûte enchantée), et le Requiem, en partie achevé par Süssmayr. Ce dernier, qui a assisté Mozart sur son lit de mort, avait recueilli de la bouche du compositeur toutes les indications pour terminer cette œuvre « de commande ».

Le soir du 19 novembre, Wolfgang présenta un œdème douloureux des mains et des pieds, de la fièvre, des vomissements, et une hémiparésie. Le 20 novembre, le Dr Closset diagnostiqua une méningite. Le 28, l’état de Mozart s’aggrava brutalement : l’œdème se généralisa, ses migraines devinrent très violentes. Pendant de rares accalmies, Mozart travaillait toujours à son Requiem. Le 3 décembre il en organisa même une répétition des premiers mouvements dans sa chambre. Il confia alors à sa belle-sœur Sophie : « J’ai déjà le goût de la mort dans la bouche, je sens la mort… ». Le Dr Closset visita Mozart le 4 décembre, lui fit alors appliquer des compresses froides sur le front. Mais cela eu pour effet de secouer le malade de convulsions si violentes, qu’il en perdit connaissance. Le 5 décembre à une heure moins cinq du matin, Mozart n’était plus.

La mort de Mozart frappa de stupeur le peuple de Vienne qui, dans un théâtre des Faubourgs, avait applaudi avec enthousiasme la magistrale « Flûte enchantée ». On l’enterra relativement vite, comme c’était l’usage à l’époque. Et on ne le mit pas dans une fosse commune, contrairement à une autre croyance fortement répandue, mais dans un caveau destiné à recueillir les corps des personnes décédées en hiver, la terre étant gelée. Enterrement de 3° classe, certes, mais très couramment pratiqué à cette époque. Sa femme Constance, très affectée et malade, ne fut pas présente, mais les amis proches de Mozart assistèrent à ses funérailles.

Une enquête réalisée par Hélène Crozier.

Rédigé le Mercredi 1 Février 2006